
Gérard Brand (à gauche) et Albert Strickler, dans l’atelier de l’artiste, à Obernai.
Le poète vient de consacrer un « livre mosaïque » au mosaïste. Photo Dominique Gutekunst
Avec Gérard Brand, la mosaïque se permet toutes les audaces. L’artiste obernois fait montre d’une créativité si débridée qu’il fallait un poète comme Albert Strickler pour l’appréhender.
Obernai est une ville magnifique, mais sa zone industrielle est aussi banale que toutes les autres
Dans cette zone-ci, précisément dans la bien nommée rue de l’Énergie, une entreprise présente des attributs de marbrerie funéraire : des plaques de pierre s’entassent dans la cour. Les apparences, on le sait, sont trompeuses : en réalité, ici, on ne célèbre pas la mort, mais la vie. Dans ce décor banal se cache un créateur hors du commun. Un homme, Gérard Brand, qui cumule la technique affirmée de l’artisan (il fut « meilleur ouvrier de France » en 1972) et l’inventivité compulsive de l’artiste.
Avec lui, la mosaïque se détache des murs et des sols. Elle se fait jouet, tableau, vitrail, sculpture. Elle s’élance dans les airs, ose des figures improbables. Et elle va jusqu’à s’animer, comme dans cette œuvre étrange baptisée « La fête au village » : Gérard Brand tourne une manivelle, une machinerie se met en branle… Comme au cinéma, l’artiste entend recréer ainsi une ambiance un peu magique de cette Afrique où il vécut entre 1979 et 1986.
Avec lui, tout devient tesselle, ce petit rien qui, collé aux autres, produit de grandes choses. « Même le vide est tesselle ! », remarque le poète Albert Strickler. « Et plus il y aura de vide, plus je serai mosaïste ! », répond Gérard Brand.
Paradoxe ? En tout cas, il tombe à propos : le livre qu’Albert Strickler vient de consacrer au mosaïste est sous-titré Voyage vers la transparence. Il fallait sans doute être poète pour appréhender dans sa plénitude l’œuvre énorme de l’artiste obernois. Et il fallait imaginer, pour en aborder toutes les facettes, un « livre mosaïque », où se mêlent poèmes, exégèses, souvenirs divers…
Le livre est sorti au cœur de cette année 2011 qui, dans la longue carrière de Brand (il a 70 ans et expose depuis ses 17 ans), se distinguera entre toutes. Ces derniers mois, la reconnaissance, déjà grande, a gravi de nouveaux paliers. Cet été, l’artiste a exposé successivement à Paray-le-Monial, haut-lieu de la mosaïque contemporaine, et dans sa bonne ville d’Obernai (voir ci-dessous).
L’ouvrage sacre une carrière incroyablement fertile, et consacre une amitié qui l’est tout autant. À l’instar de Picasso, qui disait : « Je ne cherche pas, je trouve », Brand assure : « Je ne me pose jamais la question de ce que je vais faire, je fais ! »
« Je connais Gérard depuis une douzaine d’années, et j’ai tout de suite été fasciné par sa créativité, son savoir-faire technique, témoigne Albert Strickler, qui veut transmettre deux messages essentiels : « D’abord que la mosaïque est un art à part entière. Ensuite que Gérard est l’un des plus grands mosaïstes d’aujourd’hui… »
Par écrit, dans les premières pages du livre, le poète va encore plus loin : « J’avais besoin d’affirmer haut et fort que nous avions près de nous un génie, dont je n’avais pas envie qu’il restât méconnu, voire, pire à mes yeux, ne fût reconnu qu’à titre posthume ». Dans ce même texte, il révèle la marche à suivre pour aborder un sujet aussi monumental : prendre « les raccourcis éblouis du cœur ». C’est la recette, sans doute, de toute création.
LIRE « Gérard Brand, Une vie en mosaïque, Voyage vers la transparence », Albert Strickler, Les Petites Vagues éditions, 160 pages, 26 €.
le 16/10/2011 à 05:00 par Hervé de Chalendar
|